Sac à Plume

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S’assoir

juillet 21st, 2008 by bankair

Il aime jouer de la basse debout, pour sentir les teintes du son dans son estomac. On pourrait penser qu’il se nourrit ainsi de vibrations.

Il passe ainsi de longues minutes, debout, devant un tabouret de bar qu’il tire à chaque fois à la même place pour finir par ne pas s’en servir.

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Caillasses cardiaques

juillet 18th, 2008 by bankair

Ils se sont amassés doucement. L’un après l’autre, tombant comme les notes d’une mélodie, pour finir par recouvrir parfaitement le cœur de l’ignorant.

D’un réflexe heureux, ce dernier les a soulevé les uns après les autres jusqu’à arriver à retrouver la masse palpitante qui était étouffée par le poids des non-dits.

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Nouvelle absurdité du monde moderne: le pot de départ

juin 30th, 2008 by bankair

Un funeste rituel au cours duquel on célèbre de manière fort hypocrite le départ d’un collègue. Apprécié ou pas, les commentaires sont les mêmes. « Nous allons avoir du mal sans toi. Bonne chance, l’ami. Que la chance te sourie. »

Moins on y pense et plus on est « sympa ».

Alors que josé, de la compta reluque de manière dégoulinante la petite stagiaire, Monique et Claude se gaussent des bourdes qu’avait pondu l’ex-employé dont on célèbre le sacrifice.

Ambiance greco-romaine chez les Bidochons.

Tu quoque, Philippe du service clientèle. Toi aussi, tu nous as vendu, mon trafic de trombone et moi même, pour un sourire du dinosaure à épingle de cravate, dispensé devant le pourvoyeur de café monnayé.

Toutes vos petites mesquineries n’ont que provoqué l’extraction d’un employé tout aussi médiocre que vous. Parfois un tantinet plus consciencieux, peut être.

Et maintenant, vous voilà tous réunis, masques de guignol accrochés à vos permanentes, et verres de plastique remplis de mauvais mousseux agrippés par vos serres de petites gens.

Vous semblez soulagés, et pourtant, dès demain, vous recommencerez vos minables magouilles tordues pour être sur de ne pas être le prochain à payer le carton de bulles.

En attendant, vous vous souriez au lieu de vous cracher au visage. et avec force brio.

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Les cheveux de Mathilde

juin 24th, 2008 by bankair

Nous ne sommes qu’une masse éthérée de bouclettes blondes. Pourtant, notre vue, depuis que nous avons passé la porte, après le hall à la peinture décollée, de l’immeuble de Mathilde, a déjà attisé la jalousie de deux permanentées et piqué le cœur de quatre jeunes hommes.

Nous ne connaissons que peu la brosse. Parfois, Mathilde nous flanque comme compagnon une barrette. Au mieux, nous avons parfois la chance de vivre un après shampoing.

Nous avons tout vécu avec elle. A sa naissance, nous n’étions qu’une poignée, à peine plus blonds qu’aujourd’hui. La mère de Mathilde a vainement tenté de nous dresser, dans des essais aussi infructueux qu’ils intéressaient Mathilde.

La petite, plutôt garçon manqué, nous a longtemps dédaigné. Nous avons été sales, tirés par des garçons ou encore mâchonnés. Le premier coup de brosse de Mathilde ne vint que tard, aux alentours de ses quatorze ans. Dans le calme de sa chambre, elle s’est assise face à une coiffeuse, dernière tentative de sa mère désespérée pour faire de sa fille autre chose que le gavroche aux formes féminines camouflées sous une salopette qui tyrannisait les gamins du quartier. Elle nous remarqua alors, pour la première fois de sa vie, et enfin, elle nous regarda comme autre chose qu’une masse capillaire à raccourcir régulièrement. Sa main a saisi une brosse et a fait de nous le premier étendard de sa féminité. Nous avons compris, quelques jours plus tard que ce geste était en grande partie causé par un garçon. Un garçon calme et quelque peu trouillard, qui avait tous les attributs des victimes habituelles de Mathilde.

Ce fut, comme tous les coups de cœur à cet age, un déchainement de passion enfantine, puis son premier chagrin d’amour. Nous avons alors subit une teinture aussi noire que l’humeur de la petite éconduite.

Ce furent les deux seuls traitements particuliers que Mathilde nous appliqua.

Elle ne fait pas attention à nous, mais nous faisons attention à elle. Nous seuls savons que celui qui tient aujourd’hui, dix ans après l’épisode de la teinture, le cœur de Mathilde dans sa paume, nous froisse entre ses doigts et ne peut se retenir de sourire en écartant nos boucles de son visage, alors qu’elle dort. Bien sur, nous nous efforçons de bien vite reprendre une position propre à lui occuper les doigts.

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La timidité, cette vierge de fer.

mai 26th, 2008 by bankair

Définitivement, s’il est une maladie sociale honteuse, on ne peut qu’imaginer la timidité.

Carcan stupide qu’on s’impose à soi même. Qui nous fait garder nos écouteurs sur les oreilles et basculer sur “All Love is dead” lorsqu’on croise le regard d’une fille qui nous plait. Qui nous laisse imaginer se creuser sur nos traits un visage de connard alors que l’on a même pas encore sourit.

Le timide est prisonnier de sa politesse et de la trouille de déranger. De passer pour “un creuvard”.

Combien d’histoires avons nous détricotées pour nous habiller chaudement de l’écharpe du décent ?

Gâchis, prison et écharde ardente. Ma timidité, je te déteste.

Et je te cache. Derrière une fausse assurance en papier maché que beaucoup m’envient.

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FutureMe.org

mai 14th, 2008 by bankair

The following is an e-mail from the past, composed on Wednesday, November 14, 2007, and sent via FutureMe.org
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Te voila plus vieux de six mois. Tes préoccupations passées doivent te sembler dérisoires. Et je dois te sembler presque ridicule.

Juste deux conseils: Ne mords pas la main qui te nourrit. Ne gifle pas celui qui te tend la main.

J’imagine que de ton coté, tu as des conseils à me donner. Il est bien dommage que les choses n’aillent que dans un seul sens.

Bon courage.

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Tournesol

mai 1st, 2008 by bankair

En s’accompagnant de confiantes vibrations, l’escalator s’évertue à translater l’héliophile vers l’air libre.

Ce dernier plisse les yeux, alors qu’un treillis d’ombres court sur son visage, puis sourit.

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Les contes défaits

mars 18th, 2008 by bankair

Les trois petits cochons ont bouffé la mère l’oie. Comme des porcs, d’ailleurs. La bonne fée est une cacochyme petite vieille, que l’alzheimer a poussé à octroyer dix huit voeux à une cendrillon aujourd’hui dans le coma (aucun exaucé).

Quand au petit chaperon rouge, elle enchaine bang sur bang en déblatérant des conneries sur le fait que la société n’est pas faite pour elle et qu’elle voit plus grand que la petite vie étriquée de sa grand mère. Cette dernière se faisant arnaquer par tous les vendeurs à domicile et télé-achat de la planète.

Le prince charmant est devenu un beau salaud à la trogne de métro-sexuel (avec une tendance à se proclamer über-sexuel, le pré-cité crétin princier ayant un faible pour la littérature de salle d’attente) qui trousse les unes après les autres les petites connes que son chemin l’amène à croiser.

Blancheneige entretient plusieurs relations en même temps, prétextant les qualités dissociées et respectives de chacun de ses prétendants comme raison valable (”celui ci a du caractère, quant à celui là, il est cultivé. L’autre m’apporte le grain de folie que ses concurrents n’ont pas.”).

La petite sirène enchaine les relations bizarres, n’arrivant pas à se dépêtrer des cryptozoophiles. Andersen serait ravi.

Les frères Grimm ont lâché l’imaginaire des gamins pour celui des adultes en se tournant vers la politique. Ils sont parfaitement d’accord pour dire que les fables restent les mêmes. Seul change le vocabulaire.

Quand au petit poucet, il a largué tous ses frères et sœurs, et mène un vie de luxure en dealant des crapeaux buffles à toutes les princesses paumées de la terre en manque de grenouille. Il n’a pas grandi, mais tout le monde est prêt à dire que c’est un géant.

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Citron et cordes

mars 14th, 2008 by bankair

“If only i had the brains,
The money or the muscles.”

Gary Jules


Je suis en tête à tête avec mon appartement. Quelque part dans la salle de bain, un robinet monologue une fuite. Le silence haché par les gouttes racle les cordes d’une guitare sèche qui n’a pas eu l’occasion de s’exprimer depuis quelques années.

Un martini au citron périmé laisse tranquillement fondre ses glaçons sous mon nez.

Pas le bon moment pour faire un bilan. Que je fais quand même, par pur masochisme.

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Aujourd’hui, je sais

mars 12th, 2008 by bankair

Le mauvais gin s’accorde assez bien avec mon amertume. Je finis mon verre en trois gorgées, puis expulse un rire compulsif paré de fumée en assurant ma prise sur la hanche de la fille, qui dodeline quelque peu.

J’ai accepté de sortir de chez moi, avec quelques amis, alors que mon vendredi soir s’annonçait morne comme les cheveux de celle que j’avais attrapé pour la soirée. Aucune intention de me retrouver avec cette minette entre les bras, et pourtant, je sais que je la baiserai. Par politesse, peut être. Ensuite, une fois le préservatif retiré, je m’isolerai dans les toilettes de son appartement, pour essuyer les humeurs visqueuses baignant mon vit. Puis, je repartirais de chez elle, le cœur dans l’eau glacée et des bouts de papier hygiénique sur le prépuce.

Pour l’instant, je me laisse doucement secouer par l’assemblée, qui célèbre sa vacuité avec alcools et musiques de merde. Je crois qu’elle s’appelle Céline. Ou Cécile. Ou bien je m’en contrefous. Un éphèbe bronzé et légèrement musclé me toise en passant. Ma prise est, à ses yeux, de second choix, mais mon teint blafard et mes joues creuses chahutent un peu sa jalousie. Il repassera surement dans quelques minutes pour sourire chaudement à cette fille, qui n’a d’intérêt que parce qu’elle m’occupe alors que je pensais ressasser les mêmes idées que d’habitude en regardant mes ronds de fumée courir jusqu’à mon plafond.

Annelies. J’ai été petit et mesquin avec toi. J’aimerais que tu puisses me pardonner un jour. Mais je crois que je préfère encore que tu m’aies oublié définitivement. Et qu’une personne juste ai le privilège de partager tes jours, ta couche et tes attentions. Moi, j’ai raté ma chance, mais cela m’a appris que tu en étais une.

En attendant, je crois, si tu le veux bien, que je vais m’abimer un peu.

Edit: Pour les petits malins qui ont relevé qu’il est interdit de fumer dans les lieux publics aujourd’hui, quelques précisions: Ce souvenir date de quelques années. Quand à l’orthographe d’Annelies, ce n’est pas une erreur, il s’agit du prénom (allemand) de la première fille qui a vraiment compté pour moi.

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